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L’entrepreneuriat social, un entrepreneuriat qui a la cote ?

De plus en plus nombreux sont ceux parmi les jeunes entrepreneurs qui souhaitent donner une finalité sociale ou sociétale à leur projet, fournir des services à la personne avec un aspect relationnel renforcé ou faire reposer leur entreprise sur un mode de fonctionnement et de gestion plus démocratiques. Pour donner une idée de l’ampleur du phénomène, en 2011, lorsque le mot entrepreneuriat était recherché sur Google, un tiers des résultats concernait l’entrepreneuriat social. Voici un rapide tour d’horizon de la question.

Qu’est-ce que l’économie sociale ?

Il n’existe pas de définition consensuelle de ce qu’est l’économie sociale. Néanmoins, deux aspects la caractérisent toujours. Premièrement, l’économie sociale désigne des catégories d’organisations privées aux statuts et règles particuliers : coopératives, associations, organisations mutualistes et fondations.  Deuxièmement, ces organisations privées reposent sur des principes ou des valeurs qui sont censés inspirer ces statuts et règles particuliers : objectif de service plutôt que de rapport financier, autonomie de gestion, participation démocratique des membres.

Les acteurs de l’économie sociale ont tendance à rejeter l’entrepreneuriat social dont ils redoutent l’introduction d’outils de management du secteur privé qui pourraient nuire aux missions sociales et politiques des structures de l’économie sociale.

Existe-t-il un entrepreneuriat social ?

Deux visions relativement différentes de l’entrepreneuriat social coexistent : l’une américaine, l’autre européenne.

Aux États-Unis, l’entrepreneur social exploite des opportunités pour servir une mission sociale, qui se définit comme l’amélioration du bien-être de l’individu dans la société. La stratégie est de réaliser des profits grâce à des activités commerciales développées par l’organisation et ainsi, assurer la durabilité de sa mission sociale. Les profits ne sont pas redistribués, mais affectés à la mission sociale. Il faut dès lors que ces organisations soient « orientées vers le marché » et disposent d’une logique « business ». Cette vision est née dans les cercles patronaux et le milieu des grandes écoles de gestion. 

La vision européenne de l’entrepreneuriat social est  collective. L’entrepreneuriat social est orienté vers « l’économie sociale et solidaire » et la professionnalisation croissante des organisations de l’économie sociale et solidaire existantes. La professionnalisation ne doit cependant pas être incompatible avec le maintien des valeurs de solidarité, d’égalité, de démocratie et d’innovation. La contribution de tous les acteurs concernés, publics et privés, est ardemment souhaitée. Ce sont des groupes de citoyens, d’usagers, de professionnels voire des entreprises privées qui décident de s’engager pour résoudre un problème pour lequel ils sont directement concernés ou sur lequel ils estiment devoir intervenir. 

En quoi l’entrepreneur social est-il différent de l’entrepreneur classique ? 

L’entrepreneur social ne cherche pas le  lucre, mais l’accomplissement d’une mission sociale.  La finalité d’une entreprise  sociale est de répondre aux besoins sociaux, d’intérêt général ou collectifs, qui ne peuvent être satisfaits ni par le secteur privé ni par le secteur public.  Cela peut aussi concerner la revitalisation de territoires économiquement défavorisés. L’innovation poursuivie sera avant tout sociale et consiste à trouver les nouvelles combinaisons possibles de ressources pour servir un besoin sociétal, non couvert par le marché, ou d’offrir de nouvelles formes d’insertion pour donner aux individus une place et un rôle dans la société. Les innovations sociales sont censées assurer le développement local par la qualité de vie et des ressources humaines.

Les entrepreneurs sociaux ne cherchent pas à protéger leurs créations, mais à faciliter leur essaimage par d’autres groupes sur d’autres territoires. 

Pourquoi l’entrepreneuriat social se développerait-il ? 

Plusieurs facteurs sont susceptibles de favoriser son développement. Le premier est le besoin de diversifier les sources de financement, particulièrement en période de crise économique ou de réductions des subsides publics. Comment diversifier ? En développant des ressources propres, par exemple des activités commerciales. En Belgique, la réforme du Code des sociétés appliquée depuis mai 2019 permet aux asbl de réaliser des activités commerciales sans limites, sans toutefois les autoriser à redistribuer les bénéfices.

Deuxièmement, les besoins sociaux ne cessent de grandir et de se diversifier  à mesure que certains États réduisent leur investissement dans les politiques sociales et que la population change. Son vieillissement est inéluctable. 

Le troisième facteur est la concurrence qui existe bel et bien entre organisations à vocation sociale. Leur nombre croît de manière régulière sans que les ressources financières publiques et privées « traditionnelles » suivent le même mouvement. La recherche de solutions innovantes devient de plus en plus urgente pour assurer la survie de l’organisation. 

Le quatrième fait suite aux scandales qui ont éclaté et qui continuent à faire régulièrement la une des médias. Les pouvoirs publics et les citoyens sont plus attachés que jamais à une utilisation efficace et responsable des fonds par les organisations à vocation sociale. En réaction, ces dernières en arrivent à adopter des modes de gouvernances proches de ceux des entreprises privées. 

Comme avant-dernier facteur, nous pouvons citer l’idée qui se répand depuis plusieurs années selon laquelle le marché peut combler les besoins sociaux en faisant appel au pouvoir de la compétition. Si cette idée peut paraître bizarre, voire paradoxale, aux yeux de certains, il n’en demeure pas moins qu’elle est ancrée dans l’esprit de certains entrepreneurs.

Enfin, et c’est là un trait de notre époque, il y a un besoin de sens à donner dans le monde du travail de la part d’individus d’une nouvelle génération, qu’ils soient étudiants, entrepreneurs déjà confirmés, jeunes ou citoyens. Une aspiration forte existe à l’heure actuelle pour « réconcilier performance économique et progrès social ».

Adrien Pauly
Jeunes & Libres

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