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L’entrepreneuriat : et quand ça ne fonctionne pas ?

D’après une étude de l’institut InSites Consulting, un jeune Belge sur deux disposant d’un diplôme supérieur a l’intention de devenir entrepreneur indépendant. Mais malgré tout le succès qu’on leur souhaite, les statistiques sont là : selon les sites spécialisés (Trends, Forbes, INSEE), 25% des entreprises échouent dans les deux premières années de leur existence, près de la moitié dépose le bilan avant la cinquième année et plus de neuf entreprises sur dix font faillite au cours de la première décennie.

L’échec est donc un risque bien réel quand on se lance en tant que jeune entrepreneur. Il faut en être conscient pour pouvoir s’armer contre celui-ci, ou arriver à rebondir en cas de non-réussite.

La pérennité d’une entreprise tient à plusieurs facteurs essentiels. Parmi ceux-ci, le domaine d’activité dans lequel elle évolue, l’équipe dirigeante, l’investissement financier des associés, ainsi que leur implication. Les raisons d’échouer, elles, sont généralement à identifier du côté d’un problème de positionnement sur le marché, d’un développement trop rapide, d’une mauvaise gestion budgétaire, d’un défaut de compétences techniques, de lacunes dans la stratégie marketing ou encore dans le manque de leadership et de management.

Mais parfois, ce sont d’autres raisons qui amènent à compromettre une carrière d’indépendant. Arthur, 32 ans, en a fait l’expérience récemment. Il nous raconte.

Se définissant comme un « touche-à-tout à l’esprit logique, autodidacte, mais pas scolaire », il se lance, après un parcours d’études secondaires un peu chaotique terminé par un CESS technique en option psychologie-sociale, dans la marine marchande. « Je me sentais trop empathique et émotif pour le social, et après la galère qu’a été pour moi l’école secondaire, j’avais envie de prendre un peu le large. »

Quatre ans plus tard, son diplôme de Polyvalent Pont/Mécanicien en poche, il embarque pendant près de deux ans sur un voilier de croisière spécialisé dans la plongée, dans le sud-est de l’Asie et l’Océan Pacifique. Malgré la richesse de cette expérience, lorsque son CDD n’est pas reconduit, il réalise qu’il ne retrouvera pas facilement d’aussi bonnes conditions de travail dans ce milieu, et fait le choix de revenir en Belgique. « Après la mer, l’acier et la mécanique, je voulais construire et travailler d’autres matières. » Il change donc d’orientation pour un apprentissage en alternance chef d’entreprise et menuisier-charpentier pendant 3 ans. Geek dans l’âme, il en profite pour se former seul en parallèle sur plusieurs logiciels de dessin technique. « Cette matière n’est toujours pas enseignée en formation officielle aujourd’hui. C’est aberrant dans une réalité informatisée comme la nôtre. »

Après un stage très formateur dans une menuiserie d’intérieur équipée au numérique, il est engagé 6 mois en CDD avec promesse d’embauche à long terme. « En tant qu’ouvrier qualifié polyvalent - dessinateur technique, et avec mon passé dans la marine marchande, j’ai des compétences larges et utiles. Mais j’ai senti que le vent allait tourner, et à raison : le CDI promis ne m’a pas été proposé. » Énervé par l’injustice du système, Arthur, âgé alors de presque 30 ans et n’ayant pas eu auparavant de grandes envies entrepreneuriales, se dit que c’est le moment d’essayer : « Je voulais être dessinateur-programmeur et menuisier d’atelier en sous-traitance. Difficile de trouver un tel poste en tant que salarié : la solution c’était indépendant. »

Grâce à son réseau bien fourni, il trouve très rapidement un temps plein en sous-traitance dans une menuiserie, une aubaine : « Avec les gérants, nous avons discuté longuement des objectifs et des diverses tâches, ça concordait avec mon projet. Je me suis lancé. Au début ça allait : facturant à la semaine, le soir j’essayais de réfléchir à mon avenir, de mettre mes pions en place. » A la demande de son client, il passe très vite à 6 jours de travail par semaine, la stabilité financière primant sur son confort de vie. « Le statut d’indépendant c’est avoir une épée de Damoclès en permanence au-dessus de la tête. »  Mais en travaillant autant, Arthur n’a plus le temps d’analyser sa situation, de prendre du recul. Par peur de perdre son client principal, il n’allège pas son rythme de travail. « J’ai vite fatigué : pas de week-ends, pas de vacances. Je n’avais plus la force de m’occuper le soir du développement interne de mon entreprise, pire je ne retirais pas grand-chose de positif de mon travail. » 
Une de ses erreurs a été son perfectionnisme : peu enclin à  déléguer ses affaires, il voulait avoir le contrôle de tout, tout comprendre et tout faire lui-même, ce qui a été la cause de beaucoup de stress.  
Rapidement, il réalise qu’il lui manque une certaine hargne pour ce milieu dans lequel il faut se battre en permanence pour garder  sa place et entretenir son réseau. 
Accumulant fatigue et angoisse, l’instabilité de sa situation et les conséquences sociales qu’elle amène finissent par avoir raison de lui : « Mes nerfs ont lâché et j’ai décidé de quitter mon poste du jour au lendemain, c’en était trop. J’ai été diagnostiqué en burn-out, en état de stress et de fatigue intense, incapable de réfléchir sainement ou de travailler. Moi qui ai toujours bossé intensivement, je ne pensais pas qu’un jour cela m’arriverait. » 
En arrêt de travail, Arthur prend le temps de réfléchir et décide de mettre un terme à ses activités d’indépendant. Mais ses ennuis ne s’arrêtent pas pour autant. Les organismes compétents ne se bousculent pas pour l’aider. Son parcours alternatif, son statut d’indépendant, les revenus de son ménage lui barrent l’accès au chômage. « Actiris, Onem, Capac, CPAS… me faisant jeter de partout, j’inspire la pitié des conseillers qui vont même jusqu’à me conseiller : « Faites semblant d’être handicapé », « Domiciliez-vous seul, ça fonctionnera ». Bref, il décide de se serrer la ceinture et de se débrouiller seul. Le temps de se remettre sur pieds physiquement et moralement, il s’inscrit, à ses frais, et malgré beaucoup de complications administratives, à une formation de dessin technique proposée par le Forem. Et dans la foulée, il trouve un emploi en CDI dans une entreprise qui l’intéresse ! 
« Je ne ressens mon retour au salariat ni comme un échec ni comme un soulagement. J’en retire juste les leçons nécessaires : cette expérience m’a permis de comprendre non seulement ce que je devais améliorer dans ma façon de penser et d’agir, mais aussi ce que je ne voulais plus. L’entrepreneuriat, dans ces conditions-là, ce n’était juste pas fait pour moi. Je ne crois pas que je changerais quelque chose si c’était à refaire, en fait, je n’y pense pas, l’important c’est maintenant : savoir où je dois appuyer, où je dois maintenir, où je dois lâcher. En fait, j’ai surtout appris à m’écouter. »
Julie Fiora
Besace

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