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It’s the economy, populist

Étymologiquement, le mot économie dérive du mot grec oïkonoma. Oikos signifiant maison et noma signifiant administrer, la juxtaposition des deux mots nous donne « l’administration de la maison ». 
« Dans un Cosme globalisé comme celui qui est le nôtre, notre maison, c’est le Monde » comme le rappelait justement le regretté Jacques Chirac en 2002.

Plus globalement, on pourrait aujourd’hui définir l’économie comme étant la gestion des richesses d’un état au travers d’étapes que sont la création, la fabrication, la distribution, la vente et la consommation de biens ou services.

Les choses évoluant, nous avons connu une transition partant d’une économie de troc à l’antiquité jusqu’à une économie de marché depuis les deux révolutions industrielles et les conséquences que l’on peut leur attribuer.  
Sans faire une rétrospective de l’histoire économique, nous pouvons dire que c’est ainsi que sont nés le capitalisme et le commerce international sur les fondements des théories d’Adam Smith ainsi que sur la théorie de l’avantage comparatif de David Ricardo pour ne citer qu’eux.

Du capitalisme

Le capitalisme est aujourd’hui l’ordre économique mondial dominant depuis la chute du mur de Berlin avec pour seul but la quête d’un  développement économique et la  recherche d’une plus-value pour tous les acteurs faisant tourner la roue économique. Il se caractérise notamment par un soutien ferme des principes que sont la propriété privée, le libre-échange et la concurrence pure et parfaite.  

Le capitalisme n’est pas parfait

Le capitalisme n’est pas parfait. Bien qu’il ait permis la création de richesses, une hausse du niveau de vie, une hausse de l’espérance de vie, et globalement la naissance de ce que l’on appelle aujourd’hui le Welfare State. Ceci étant dit, le capitalisme est aussi responsable d’une exacerbation des inégalités sociales.

Pour reprendre la métaphore de l’économiste et prêtre Éric de Beukelaar, « l’économie est comme un fleuve libre qui s’étire en d’innombrables bras constituant des ilots, mais cela engendre des inondations, des marais pestilentiels, des pertes de terres et c’est pour cela que l’homme doit domestiquer le fleuve en asséchant certains bras, en creusant des dérivations, en bâtissant des berges et des écluses ». Il en va de même avec le capitalisme et c’est ce que disait déjà Keynes lorsqu’il faisait allusion aux « Animal Spirits ».

Un terreau fertile pour le populisme

Les sujets qui font débat, nous les connaissons, c’est la sécurité, l’immigration, la mondialisation et ses conséquences, mais surtout les inégalités sociales qui sont un terreau fertile au populisme. 
C’est sur la dérive capitaliste exacerbée que sont nées les inégalités dont nous parlerons dans les lignes qui suivent. Ces mêmes inégalités qui sont aujourd’hui la raison d’être du populisme que nous connaissons en Europe. 
2153 milliardaires détiennent à eux seuls 60% des richesses de la planète et le 1% de la population appartenant à la classe la plus riche détient autant de capital que la moitié de la population mondiale selon la dernière enquête de l’ONG Oxfam… Les inégalités atteignent un climax.  

C’est ce climat inégalitaire qui a favorisé l’émergence de populistes aux 4 coins de la planète. Trump, Bolsonaro, Salvini, Le Pen, Wilders, Mélenchon ou encore Erdogan. Leur point commun ? Une rhétorique, un style politique et une façon de s’adresser à des problèmes plus qu’avec des réponses simples en valorisant le peuple face à une prétendue élite en guise de bouc émissaire.  

Lorsque les dirigeants « classiques »  ne représentent plus le peuple comme ce devrait être le cas dans des démocraties représentatives ou que le peuple ne se sent plus représenté, il peut se laisser tenter par la facilité et se laisser tenter par les solutions simples des populistes. 

Ces derniers titillent l’opinion publique et surfent sur la déferlante de réactions qu’ils suscitent, c’est leur façon d’exister, leur fonds de commerce. Le populisme n’est pas de droite, il n’est pas non plus de gauche et c’est un terme qui fait débat auprès des politologues. En ce qui nous concerne, nous en tiendrons à la définition du directeur général du CRISP qui définit le populisme comme étant un style politique qui peut se greffer sur différentes idéologies. Il ajoute qu’il peut y avoir un populisme de droite, mais aussi un populisme de gauche sans oublier les extrêmes. 

Quand le multilatéralisme cède sa place au bilatéralisme…

Le futur sera multipolaire et ce sera là la fin du multilatéralisme qui s’était installé depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec les institutions supranationales que sont l’OMC ou encore l’ONU. Le Brexit n’est qu’un symptôme parmi tant d’autres de ce mal isolationniste. On pourrait également citer la guerre commerciale entre la Chine et les USA pour illustrer notre propos.
Concrètement, ce qui diffère le populisme d’aujourd’hui du populisme d’antan, c’est une volonté de repli sur soi qui a atteint son apogée avec le vote du Brexit, l’incapacité de l’Europe à mettre ses membres d’accord pour un plan migratoire avec une répartition équitable de la charge ou encore l’élection de dirigeants comme Salvini en Italie ou encore celle de dirigeants comme Viktor Orban en Hongrie. 
Cela diffère du populisme « expansionniste » d’antan comme l’explique Philippe Moreau Desfarges dans son ouvrage La Tentation du repli.  

Un populisme exacerbé par le digital

Nous l’avons vu précédemment, de tout temps, il y a eu des populistes. Ce qui diffère également le populisme d’antan à celui d’aujourd’hui, c’est sa digitalisation. Nous ne vivons ni plus ni moins qu’une adaptation de 1984 d’Orwell au quotidien puisque nous sommes devenus esclaves du digital qui nous contrôle en permanence et accumule un nombre de données incommensurables à notre sujet en tant qu’individu au sein de la société.  
Cela peut aller d’un usage volontaire des réseaux sociaux où l’on accepte volontiers de donner ses informations privées aux GAFA à une dérive totalitaire comme en Chine où les citoyens vivent sous l’œil inquisiteur du régime au travers de caméras à reconnaissance faciale.
La suite, nous la connaissons, des algorithmes nous connaissent mieux que nous ne nous connaissons et arrivent à nous manipuler comme ce fut le cas dans le cadre du scandale « Cambridge Analytica ».

C’est pour toutes ces raisons qu’il nous faut être vigilants, car nos démocraties et les libertés qui y sont inhérentes sont en danger sur le long terme…  

En guise de conclusion, nous dirons simplement que le populisme n’est pas le problème réel. Le populisme c’est le thermomètre qui indique que la température des tensions sociales est trop haute et que notre société est malade. La température n’est qu’un symptôme, pas la maladie.

Laurent Costas

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