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Un coup de boost dans la confiance en soi

Tandis que je gravis les escaliers en bois et briques rouges du 65 rue Darwin, Florence Blaimont m’ouvre la porte avec un sourire radieux. Elle m’invite à entrer dans une large pièce où il n’y a… que des femmes… et me propose un thé au jasmin. Nous prenons place dans un petit bureau attenant où elle me parle de son parcours à la tête du réseau WonderFul Women Community, de l’entrepreneuriat au féminin et de l’importance du développement tant professionnel que personnel. 

Coralie Boterdael : Comment vous est venue l’idée de créer un réseau entrepreneurial dédié aux femmes ?

Florence Blaimont : Ce n’est pas moi qui l’ai créé, je l’ai racheté. C’était un réseau arrêté, qui avait déjà démarré mais qui était très petit, il y avait une trentaine de membres et c’était dans le Brabant Wallon. Je sortais d’une rupture - on dit souvent que les ruptures sont propices à une renaissance - et quand j’ai vu sur les réseaux sociaux que WoWo Community, un réseau dans lequel je n’avais jamais mis les pieds, c’était la fin, j’ai un peu scrollé et j’ai remarqué que les membres étaient tristes que ça se finisse ; c’est là que tout s’est assemblé dans ma tête. Il y avait plusieurs amis qui m’avaient dit : « Tes talents, c’est le marketing, la vente, la prise de parole en public, c’est mettre les gens en connexion, voir les connexions entre les business. » Un ami en particulier m’avait dit : « Toi, tu dois ouvrir un cercle d’affaires ». Quand il me parlait de ça, je voyais the wild old man avec une cravate, qui allait me prendre pour une secrétaire ; et je voyais cela d’un œil très pessimiste. Mais quand j’ai vu que WoWo Community, c’était la fin et quand j’ai vu en photo de couverture « The End », je me suis dit : « C’est ma chance, je vais reprendre le réseau et je vais proposer à la présidente de le racheter ». C’est ce que j’ai fait.

CB: Pour racheter le réseau WoWo Community, étiez-vous la seule en lice ?

FB : Beaucoup de femmes avaient proposé à l’ancienne owner, l’ancienne propriétaire, de reprendre gratuitement WoWo pour en devenir la nouvelle présidente. Je trouvais cela injuste, car souvent les femmes ne sont pas payées pour ce qu’elles font, elles font beaucoup de choses gratuitement, bénévolement. Tout travail mérite salaire, j’ai donc racheté le réseau en décembre 2015 et lancé la première activité le 14 janvier 2016 en rappelant les anciennes membres, en leur demandant de l’aide, et en prévenant mon réseau de venir au premier event. Nous étions 110 femmes. 



« J’avais une ambition assez forte, je voulais faire quelque chose de grand, j’ai toujours voulu faire quelque chose qui avait un impact sur le monde. »


CB: Qu’est-ce qui vous a motivée à réaliser ce projet ? 

FB : La frustration. Steve Jobs dit que toute idée entrepreneuriale naît d’une frustration parce que pour faire le métier d’entrepreneur - que je considère comme une vocation -, il faut être solidement accroché. Un jour, tu peux éclater de joie parce qu’un nouveau sponsor met 30.000 euros dans ta boîte, et l’autre jour, tu peux pleurer parce que quelqu’un renonce à payer une grosse facture. Tu peux vraiment vivre des montagnes russes émotionnelles. Cette frustration est positive car elle t’amène à une passion. Pour moi, la frustration était de voir que les femmes ne faisaient pas ce qu’elles voulaient. Pourtant les femmes sont talentueuses - autant que les hommes -, elles ont toutes les ressources en elles pour faire ce qu’elles veulent dans la vie. Ce qu’elles veulent au sens large ; ce qu’elles veulent comme sport, carrière, vie personnelle, avoir un enfant, ne pas avoir un enfant, faire de la danse, faire de la boxe, peu importe. On peut faire ce qu’on veut. Mais je remarquais, avec mon divorce, que les femmes avaient des barrières qui les empêchaient d’avoir une vie épanouie du point de vue personnel, professionnel, spirituel. Ces barrières, au fur et à mesure que WoWo avançait, on a pu les nommer ; ces barrières, je les ai évidemment vécues et pour moi, c’est mon moteur. 


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Les cinq barrières 

Face au monde de l’entreprise, les femmes sont confrontées à bien des difficultés. WoWo a repéré cinq freins et aide les femmes à les dépasser. 

1. L’aspect financier 
Les femmes craignent ou ne s’intéressent pas assez à l’aspect financier. D’une part, elles ont peur de ne pas arriver à joindre les deux bouts, à ne pas parvenir à payer le loyer, l’Erasmus des enfants…D’autre part, elles se sous-estiment quand elles demandent de l’argent comme un salaire ou un avantage. Elles disent qu’elles ne travaillent pas pour l’argent, et c’est très bien, il faut travailler avec cœur et passion, mais il faut aussi penser aux finances.  Les femmes peuvent avoir un job qu’elles aiment et en même temps gagner leur vie, faire fructifier leurs finances, mettre de côté et faire des économies. 

2. Le temps 
Les femmes ont plus de difficultés à s’aménager du temps. Elles font encore aujourd’hui plus de tâches ménagères que les hommes. En moyenne, une femme fait 2 heures de ménage par jour, un homme en fait 2 par semaine. Il y a un gap, un homme ne devrait pas aider sa compagne, il devrait faire sa part. Elles sont aussi parfois très prises par les enfants et dépendent notamment des horaires d’école. Ce sont, 80% du temps, les femmes qui conduisent les enfants et il est difficile de faire carrière lorsqu’il faut les déposer à 8h30, les rechercher à 15h30 et le mercredi à 12h. Cette charge mentale qui pèse sur les femmes fait qu’elles ont peur de lâcher du lest pour se libérer l’esprit afin de pouvoir se consacrer plus à leur carrière, leurs finances, leur job-passion. 


3. L’éducation 
Les femmes pensent qu’elles n’ont pas les compétences pour se lancer, pour  tenir une entreprise ou gérer elles-mêmes leur activité. Alors que l’homme se dit qu’il apprendra sur le tas, la femme veut que tout soit vraiment au point avant de se lancer. Il ne faut pas avoir peur de l’erreur, souvent les femmes sont trop perfectionnistes. De plus, cette barrière de l’éducation est une fausse barrière. Elles ont les atouts, il faut oser. 

4. Le réseau 
Souvent, les femmes ne font pas du réseautage. Elles pensent que c’est une activité bénévole alors que c’est du développement de carrière. Elles se disent qu’elles ne vont pas prendre une baby sitter, qu’elles vont plutôt rester avec leur enfant, conjoint ou famille, au lieu de prendre un soir par semaine pour s’occuper d’elle, de leur développement professionnel mais aussi personnel. Se constituer un réseau, c’est rencontrer des personnes qui ont les mêmes challenges et échanger sur des pratiques et expériences. 

5. La confiance en soi 
Les femmes sont victimes du syndrome de l’impostrice. Elles vont moins facilement postuler à une place pour laquelle elles estiment ne pas avoir les compétences, alors qu’un homme le ferait. Souvent cela se répercute dans leur facturation - et donc leur rémunération. Lorsqu’elles sont indépendantes, elles se disent : « Qui suis-je pour exiger un tel prix, pour facturer autant alors que je n’ai passé qu’une heure avec la personne ? » Elles ne valorisent pas leur travail et leur talent, c’est une erreur.

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« La femme WoWo, c’est celle qui veut exploser ses barrières ; c’est une femme autonome, libérée de toute contrainte émotionnelle, de genre ou d’esprit collectif, une femme qui est aussi libérée financièrement. » 


BC : Wowo est-il fort différent de ce que vous aviez initialement imaginé ? 

FB : WoWo n’est pas différent de ce que j’avais initialement prévu, il suit les rails que j’avais imaginés. La nuit où j’ai vu sur les réseaux sociaux que c’était la fin et que j’ai décidé de reprendre le projet, j’ai imaginé un business plan dans ma tête, et aujourd’hui, ce business plan est encore le même.  

CB : Avez-vous rencontré des difficultés lors de la mise en place du projet ? 

FB : Il y a eu des surprises ! Je ne pensais pas à tous les challenges qui m’attendaient : devoir engager des gens, diriger une équipe, être CEO, négocier avec les clients… Je n’avais pas appris tout cela. Gérer les sponsors était aussi nouveau pour moi. Au départ, mon métier, c’était d’animer cette communauté de femmes, de les aider à s’épanouir et à exploser leurs freins, et puis il y a eu des marques qui se sont intéressées à nous et qui ont voulu promouvoir leur message à travers notre réseau. On aide donc des sponsors qui ont les mêmes valeurs que nous, par exemple Lola Liza qui a lancé une campagne Empower Women qui célèbre des femmes de culture, de langue, de physique très différents. Et ça, c’est une activité un peu surprise qui est apparue très vite, au bout de 6 mois environ. 

CB : Qu’est-ce qui fait la différence entre Wowo et un réseau entrepreneurial classique ? 

FB : Il y a d’abord une énergie qu’il n’y a pas dans les autres réseaux. Toutes les femmes qui viennent chez nous disent qu’il y a une énergie magique, boostante, spéciale, qui fait qu’elles ont très vite des résultats.

Un deuxième point fort, c’est la collaboration. On fait voter tous les sujets et c’est donc la communauté qui décide du
réseau. Ce sont les femmes qui votent les sujets des intervenants, les titres des programmes…

Enfin, il y a l’aspect spirituel. Ce sont des femmes qui aiment le développement personnel, car il est intimement lié au développement professionnel. On propose par exemple un Book Club. Chaque mois, on parle d’un résumé de livre sur le développement personnel comme Kilomètre Zéro, Les 4 accords Toltèques qui sont des livres qu’elles adorent et nous aussi. Chaque mois, se déroulent également des Mastermind avec un tour de « Je veux » où elles expriment leurs besoins et ce qu’elles recherchent. C’est comme une intention qu’elles libèrent, qu’elles lancent à l’univers WoWo et qu’on répercute sur les réseaux sociaux, notre groupe WhatsApp et par mail. 

CB : Quels sont les principaux avantages de Wowo Community ?

FB : Selon les femmes membres de la communauté - car ce sont elles qui votent -, l’avantage principal, c’est l’accès au cercle privé. On est à la fois un réseau très grand sur les réseaux sociaux, mais on est aussi  ce cercle privé pour lequel elles paient un membership annuel ou mensuel. Elles ont ainsi accès à un groupe de femmes dans leur région, ou dans n’importe quelle région, et elles peuvent se pencher sur des thématiques et problématiques auxquelles elles font face. Le but est qu’elles ressortent avec des solutions et de la mise en pratique ; ça peut être comment parler en public, revoir son business model, gérer son temps, vendre avec authenticité - tous ces sujets qu’elles aiment. 

Un autre avantage qu’elles adorent, ce sont les alertes médias. Selon une étude de l’association des journalistes professionnels, les médias ne mettent pas assez les femmes en valeur. À cause du syndrome de l’impostrice, elles n’osent souvent pas se manifester. On entretient alors des contacts avec des médias qui cherchent à les mettre en valeur et on lance un message d’alerte à notre database. Comme elles savent comment on fonctionne, que tout est fait avec bienveillance et que le journaliste est averti, beaucoup d’entre elles répondent. Parfois le message est très précis, on cherche une femme qui s’est lancée en tant qu’indépendante après la retraite ou une femme qui s’est lancée alors qu’elle ne parle pas français.

On propose aussi des Mastermind Online de cinq jours. Elles ne doivent alors pas se déplacer de chez elles pour participer au challenge. Elles peuvent se connecter où et quand elles veulent : sur leur smartphone, dans leur canapé, le soir… Le dernier en date traitait des outils de la parfaite leadeuse ; il y avait par exemple : comment gérer ses priorités et ses urgences, comment faire un feedback positif ou négatif mais constructif… Le prochain sera sur la confiance en soi.


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Quelques chiffres qui interpellent Florence Blaimont… 

  • À Bruxelles, il y a seulement une femme sur deux entre 18  et 60 ans qui travaille, employées et indépendantes confondues. Parmi elles, il y a 238.000 femmes indépendantes dont seulement 25% font une activité commerciale ; les autres sont libérales ou dans le secteur de la santé. C’est très peu ! 
  • Les femmes indépendantes se rémunèrent 20% de moins que les hommes indépendants. Cet écart - ce plafond de verre - que l’on trouve chez les employées, on le trouve aussi chez les indépendantes, c’est le même…  
  • La pension des femmes indépendantes est de 300 euros en moyenne, pour 1.100 euros chez les hommes, soit plus de trois fois supérieur pour  les hommes. Il y a quand même quelque chose de bizarre... 


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CB : Quelle erreur commet le plus souvent une femme  entrepreneure ? 

FB : Selon moi, l’une des erreurs qui reviennent le plus souvent, c’est que les femmes ne se rémunèrent pas, elles paient tout le monde avant de se payer elles ou elles avancent de l’argent à elles dans l’entreprise. Il ne faut pas faire ça, il faut faire en sorte que son business model soit assez ambitieux pour se rémunérer dès le premier mois. Je conseille souvent aux jeunes entrepreneuses de se payer avant tout le reste, sinon elles ne le font pas. Si on se paie soi, et que l’on doit amasser de l’argent pour la TVA, une facture, un fournisseur, on trouvera toujours une solution. On peut emprunter de l’argent à la banque ou faire un crowdfunding, mais il ne faut pas aller dans ses économies ni passer au-dessus de sa rémunération. 

CB : Quel autre conseil donneriez- vous à une entrepreneuse en herbe ? 

FB : De voir grand ! Souvent les femmes préfèrent démarrer petit, en complémentaire, mais quand on fait une activité d’entrepreneur, on a besoin de tout son temps pour se lancer. On n’a pas assez de toute une vie pour faire un projet entrepreneurial, c’est une mission de vie, c’est même une dévotion. Je conseille donc à une entrepreneuse en herbe de voir grand et de mettre la priorité sur son développement personnel. Si elle se développe dans son job-passion, d’un côté, son conjoint, ses enfants, sa famille, son entourage sentiront qu’elle s’épanouit - ce qui est bénéfique pour tout le monde -, et d’un autre, elle pourra servir de modèle pour ses enfants et pour les autres femmes.
Coralie Boterdael
Fédération des étudiants Libéraux




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