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Entreprendre en s’amusant !

Si l’on met de côté toute la machinerie administrative à laquelle tout entrepreneur en herbe ne coupe pas, monter son entreprise peut se révéler être une aventure amusante, plaisante, et même distrayante. Un potentiel d’amusement que n’a pas manqué d’exploiter l’industrie vidéoludique, qui a accouché d’œuvres ayant contribué de manière plus ou moins (in)directe à développer les capacités d’entrepreneuriat des joueurs. 

MONDE VIRTUEL, MAIS IMPACT RÉEL

Le premier réflexe du néophyte pourrait être de se garder de voir dans les jeux vidéo toute influence sur nos capacités humaines, si ce n’est peut-être celles qui apparaissent négatives. Pourtant, les preuves tangibles de l’impact du virtuel et de l’imaginaire sur nos vies et nos personnalités sont légion. Pour s’en assurer, il suffit de se rappeler quelle est la dernière œuvre (quelle que soit la discipline artistique) qui nous a influencé. Il n’est pas improbable que cela ait commencé très tôt, et que cela soit arrivé encore très récemment. On a tous en mémoire une histoire découverte durant notre enfance qui nous a marqué à un point tel que nous en sentons toujours aujourd’hui les effets. Et si l’on a admis qu’une œuvre nous a influencé - soit parce qu’elle a impacté notre personnalité, soit parce qu’elle nous a aidé à prendre une décision essentielle, soit pour d’innombrables autres raisons - c’est que nous acceptons la force et l’implication de l’imaginaire dans la vie de tous les jours, bien concrète, elle. 

Ce postulat admis, on est toujours en droit de se questionner sérieusement : Comment les jeux vidéo peuvent-ils éventuellement aiguiser les capacités d’entrepreneuriat des joueurs ? Par quel miracle peut-on s’amuser tout en développant ses compétences d’entrepreneur ?

Pour commencer, on ne peut pas éviter d’énumérer quelques-uns des jeux vidéo principalement axés sur la gestion, micro ou macro, et ceci, que les thèmes abordés soient en rapport direct avec le monde économique ou non. Voici une liste non exhaustive des jeux de gestion les plus marquants : Theme Hospital, Theme Park, Prison Architect, la série des Anno, la série des Sim City, la série des Tropico, Cities: Skyline, Planet Coaster, Zoo Tycoon, Football Manager, Banished, Frostpunk,
la série des Caesar ou encore des Civilization…

Si tous ces jeux sont définitivement à classer dans la catégorie gestion, certains ont tout bonnement et simplement pour objectif principal la réussite économique d’une entreprise virtuelle (au sens large, que celle-ci soit un hôpital privé, un zoo, une ville…). Aucune ambiguïté ici quant à la logique du jeu : Terminer le jeu équivaut à mener à bien son projet entrepreneurial, en amassant toujours plus d’argent, en l’investissant toujours mieux, pour en récolter encore plus. On peut véritablement parler ici de jeu de simulation. C’est la responsabilité du joueur de calculer le bon rapport risk/reward, de s’adapter à un environnement en perpétuelle évolution, de collecter les avis de son équipe d’experts et d’en tirer les bonnes leçons… Il lui faut aussi faire face à la concurrence pour finalement prendre les décisions adéquates afin d’évoluer, ceci après avoir analysé la situation avec finesse et perspicacité.  Ainsi, comme dans la vraie vie, le jeu pourra faire payer au joueur ses mauvaises décisions, et le récompenser au contraire pour sa lucidité et son audace. 

Même pour les jeux davantage axés sur la survie, il faut garder un œil attentif aux finances. Ces dernières sont d’une importance cruciale puisqu’ici la moindre erreur peut se solder par la mise à mort de son projet. Le terme « simulation » n’est définitivement pas un qualificatif vide de sens et certains jeux peuvent être considérés comme de vrais calques de la vie, où la moindre erreur peut détruire des heures et des heures d’investissement, tout en proposant au joueur un univers extrêmement plausible et réaliste dans lequel il se retrouve bien vite. Contrairement à la vraie vie, tous ces jeux disposent heureusement d’un système de sauvegarde, permettant au joueur de recharger sa partie à n’importe quel moment, après avoir par exemple pris une décision catastrophique, ou laisser par inadvertance un atelier prendre feu jusqu’à sa destruction complète… A ce sujet, certains jeux offrent au joueur la possibilité d’opter pour un mode plus « réaliste », ou « hardcore » (le nom change, mais l’idée perdure), rendant impossible toute sauvegarde. Chaque erreur peut ici être véritablement fatale pour le joueur et son entreprise, car les dommages qui en résultent sont irréversibles. À travers tous ces jeux, le monde vidéoludique se révèle être un excellent terrain d’entraînement où le joueur-entrepreneur peut expérimenter, et échouer, pour finalement apprendre et progresser.

Pour évoluer dans la bonne direction, il est d’ailleurs capital, inévitable même, de passer maintes et maintes fois par les onglets économiques, qui selon le réalisme et le degré de technicité des jeux, peuvent se décliner en une quantité presque innombrable de sous-onglets. Il n’est pas rare d’être surpris lorsqu’on constate la quantité d’informations qu’on peut y recueillir, ainsi que leur diversité. On peut alors passer plus de temps sur ces onglets à déchiffrer nos finances pour comprendre comment les améliorer, qu’à nous amuser à bâtir concrètement notre entreprise. Par exemple, ce n’est seulement qu’après une demi-heure passée à éplucher nos comptes qu’on prend le temps de construire une montagne russe et de la tester - activité normalement plus distrayante que de lire des pages entières uniquement composées de chiffres. On le voit, aucune de ces activités ne paraît pénible au joueur, non seulement parce que décrypter les comptes est essentiel à la réussite des objectifs, mais aussi parce que le jeu sait comment rendre ça amusant en l’insérant dans un contexte ludique. 

Rien n’est laissé au hasard dans les jeux de gestion qui sont parfois d’une grande complexité et montrent un certain souci de réalisme. Le joueur doit se préoccuper de nombreux facteurs et doit pouvoir diversifier ses compétences : en plus de la gestion économique de son entreprise, il lui faut parfois gérer l’aspect marketing, mais aussi la recherche - créer de nouveaux produits pour attirer de nouveaux clients par exemple -, la propreté de son entreprise, la gestion des employés… Certains jeux sont si complets, documentés, et calqués sur le réel, qu’il faudrait plusieurs pages pour relater toutes les possibilités qui sont offertes aux joueurs. 

Bref, les jeux vidéo, et en particulier ceux de gestion que nous avons traités ici, peuvent être considérés comme de vraies simulations du monde entrepreneurial. Certains sont précisément conçus à cette fin et ne s’en cachent pas. Le joueur doit y gérer ses ressources pour mener à bien des objectifs à court, moyen et long terme. Il lui faut prendre énormément de décisions, parfois très complexes à examiner. Il est confronté à des choix cornéliens lourds de conséquences, aux retombées potentiellement difficiles à cerner.

Un petit détail tout de même qui change de la vraie vie : l’aspect humain. En effet,  il est plus facile de prendre des décisions mettant à mal ses employés dans un monde virtuel, car on sait que l’employé licencié n’aura pas à faire face aux regards inquiets et médusés de sa famille lors de son retour à la maison, et que sa vie et sa dignité ne sont pas menacées. Alors que dans la vie, on imagine que mettre à la porte une vraie personne reste beaucoup plus délicat. Un autre détail du même ordre est le suivant : dans les jeux vidéo, le joueur est le leader incontesté, voire despotique, de son petit monde, et est libre d’agir en véritable démiurge ayant droit de vie et de mort sur ce même  petit monde, n’étant soumis à aucune autre pression que la réussite économique de son entreprise. 

JOUER, C'EST PRENDRE DES DÉCISIONS

Le jeu vidéo peut donc être un véritable incubateur des entreprises de demain, en formant tout en amusant de futurs entrepreneurs, et cela grâce à des jeux principalement focalisés sur la gestion elle-même, avec pour ultime objectif la réussite pure et simple de son entreprise (au sens large, rappelons-le). Concluons sur ce qui saute sans doute moins aux yeux du profane : Jouer, quel que soit le jeu, c’est déjà entreprendre.

Pour commencer : quelle est la principale caractéristique d’un chef d’entreprise ? Très certainement, sa capacité à prendre des décisions. Et plus précisément, sa capacité à déceler les bonnes décisions. En effet, l’entrepreneur est quotidiennement confronté à des choix, et doit trancher pour choisir l’option qui lui sera la plus profitable. Or, la prise de décision, c’est également une caractéristique essentielle et redondante du gamer, qui, quel que soit le jeu, doit rentrer de nombreux inputs à la minute, qui ne sont autres que les reflets des nombreuses décisions que son cerveau prend constamment. Même le novice jouant à Candy Crush de manière occasionnelle sur son téléphone est conscient du nombre de décisions qu’il prend tout en s’amusant. Et non seulement les joueurs doivent faire face à de nombreux dilemmes qui s’enchaînent parfois à un rythme endiablé, mais en plus la majorité de ses choix est décisive, et appuyer sur un bouton plutôt qu’un autre peut bien souvent mener à la mort de son héros, ou de son entreprise.

De plus, le jeu vidéo peut aider à développer sa confiance en soi autant que sa résilience face à l’échec. Un exemple probant est le jeu réputé hardcore Dark Souls, où la moindre erreur est fatale au joueur : un coup d’épée plutôt qu’une roulade, et le héros se prend une tôlée peu enviable, car mortelle. C’est la raison pour laquelle le joueur doit s’armer de patience et faire montre d’une abnégation exemplaire, afin de lutter contre l’envie de tout laisser tomber, pour au contraire trouver la force de lutter et d’insister. Il lui faut donc faire avec l’échec, et voir dans celui-ci une chance de s’améliorer. Pas le choix, sinon c’est le champ libre à l’autodépréciation, et au game over, ou au dépôt de bilan… 

Ce sera d’ailleurs notre dernier parallèle entre le jeu vidéo et l’entrepreneuriat : la nécessité de garder sa motivation, et ce malgré l’impression d’avancer à l’aveugle, quelquefois sans certitude des résultats.  

Pour cela, il faut pouvoir garder sa confiance en soi et en ses capacités, et ce malgré les erreurs qui peuvent nous faire reculer, et l’impression parfois d’avancer dans l’obscurité la plus totale, voire même de reculer. Mais à force de persévérance et grâce à une conviction sans faille, il est fort probable que le gamer comme l’entrepreneur parviennent à atteindre leur but ultime pour éprouver une satisfaction incomparable, ainsi qu’un sentiment de fierté indicible. Et c’est mérité !

Jérémie Degives
Délipro Jeunesse

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