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Jeunesse

Pacte dit « d’Excellence » : un pacte consensuel aux allures idéologiques

28 février 2017 by jetl

Depuis ce début d’année 2017, les associations de parents, les syndicats, les directeurs d’école et les enseignants se sont, à tour de rôle, exprimés au sujet du Pacte dit « d’Excellence ». Au fil des informations contradictoires et des contestations, que pouvons-nous en retirer de positif ?

À priori pas grand-chose ! Une réforme du monde de l’enseignement est pourtant plus que nécessaire pour que celui-ci soit enfin en phase avec l’ère numérique dans laquelle se trouve la société du XXIe siècle. Force est de constater que ce Pacte dit d’Excellence ne va pas dans le bon sens. Au lieu de permettre à l’école d’embrasser pleinement le XXIe siècle, celui-ci la scelle dans le passé.

En tant qu’acteurs du Secteur de la Jeunesse, les Organisations de Jeunesse ont, nous le pensons, toute la légitimité de faire partie intégrante de la réflexion autour du système éducatif. En dépit de cette constatation, les auteurs de ce Pacte n’ont pourtant pas tenu compte de l’importance du non formel, pilier pourtant indispensable au développement de la citoyenneté.

À la lecture de l’Avis N°3, véritable fondation du futur Pacte émis par le Groupe Central, et au même titre que la majorité des acteurs de l’enseignement, nous ne pouvons qu’avoir des réticences. Toutefois, une fois ce constat dressé, il est indispensable de dépasser les aspects négatifs et de proposer des pistes de réflexion. C’est dans cette optique que nous avons rédigé ce Libr’Actu.

Consultation des acteurs du monde de l’enseignement

La première pierre d’achoppement concerne la gestion des relations avec le corps enseignant au sens large. Bien que nous ne puissions qu’approuver la volonté de la Ministre de construire une réflexion avec son secteur, nous regrettons que ce ne fut pas le cas dans la pratique. Si les enseignants ont bien été consultés, leur vision de l’enseignement ne figure pas dans l’Avis N°3. Ils ont été cantonnés au rôle de spectateurs et non d’acteurs contrairement à ce qu’affirme la Ministre.

Les enseignants ont également dû faire face aux contraintes ubuesques de temps et d’agenda imposées par le Groupe Central, confondant vitesse et précipitation. Cette situation s’explique dans un premier temps par la problématique des relais via les représentants du monde scolaire et du contexte dans lequel vivent les enseignants. La méthode appliquée par le Groupe Central était, d’une part, la consultation des personnes disponibles à des heures fixées et, d’autre part, l’application de la technique de la contrepartie1. Cette méthodologie a entrainé de facto un sentiment d’incompréhension de la part du corps enseignant, sentiment renforcé par la présentation du Pacte au public comme étant l’avis de ce dernier.

De plus, malgré le refus de la base, le personnel éducatif reçoit, déjà, des formations explicatives au sujet de ce Pacte d’Excellence. On pourrait comprendre que ces formations soient données uniquement au personnel travaillant en maternelle pour respecter l’échéancier. Mais quel est l’intérêt de former le personnel du secondaire à ce sujet, si ce n’est accroître le sentiment que le texte est d’ores et déjà ficelé ? Est-ce là, toute la considération que la Ministre porte à un secteur qu’elle qualifie elle-même de spécialiste ?

Graph Dépenses publiques scolarité 2013
Graph Dépenses publiques scolarité 2013

Aspects budgétaires

Toujours dans cette volonté de fournir des clefs de compréhension à la société pour entrevoir les objectifs de sa réforme, le cabinet de la Ministre Schyns a signé un contrat avec une agence de communication pour un montant de 196000€. Ce budget a pour but la mise en place d’une communication bien rôdée, frôlant la propagande. Personne ne se retrouve dans ce Pacte dit d’excellence et l’état dans lequel il se trouve actuellement démontre toute l’inefficacité avec laquelle l’argent a été dépensé.
Allons un peu plus loin et attardons-nous sur la totalité de ce budget fonctionnant sur le principe de l’enveloppe fermée. Or, ce principe, déjà instauré par le Ministre de l’Enseignement supérieur est fortement décrié. Ce concept a déjà montré toutes ses limites ! Le budget alloué par année est fixe et ne varie plus en fonction du nombre d’étudiants. Conséquences ? Une diminution du financement par étudiant, une mise en concurrence des établissements, des infrastructures défectueuses et en nombre insuffisant, un manque de professeurs et de personnels administratifs. Comment rendre pérenne un enseignement de qualité, enfin d’excellence, si celui-ci ne peut pas recevoir le budget nécessaire ?
Tout comme ce Pacte dit d’Excellence, les projections budgétaires sont tout aussi incertaines. En effet ce budget s’apparente plus à des incantations qu’à des données effectives. Jusqu’en 2030, le Pacte d’Excellence budgétise pas moins de 300 millions d’euros en utilisant un principe nébuleux de vases communicants. À cet égard, la Ministre, suite aux concertations sociales, envisage la possibilité pour 2020 de dégager un budget progressif d’un montant total de 180 millions d’euros. Malheureusement, à l’heure actuelle, nous n’en sommes qu’à un effet d’annonce.


Découvrez ici un aperçu des prévisions budgétaires du Pacte d’Excellence

Un exemple, parmi d’autres : la fin du redoublement avec un bénéfice de 80 millions d’euros dont la moitié serait allouée à la lutte contre le redoublement et le décrochage scolaire. Ce simple exemple permet de se rendre compte de la légèreté des prévisions budgétaires sur lesquelles se base l’ensemble de la réforme proposée.


Contrairement à une opinion largement répandue, le secteur de l’enseignement n’est pas sous financé en Belgique. Bien au contraire ! Notre pays fait partie du peloton de tête des pays européens en matière de dépenses liées à l’éducation. Le problème provient donc bien d’une mauvaise gestion des fonds alloués et non pas d’un sous-financement chronique. Actuellement, la façon dont est présenté le budget ne présage malheureusement pas d’une meilleure gestion à l’avenir.

Avis N°3 du Groupe Central

« Au terme du tronc commun, chaque élève sera soumis à la même évaluation externe certificative portant sur les sept domaines d’apprentissage et donnant accès à l’enseignement secondaire supérieur. Il aura ensuite le choix entre deux filières : la filière de transition permettant d’accéder à l’enseignement supérieur et la filière qualifiante qui permettra d’acquérir une qualification suffisante pour accéder directement à un métier »

Égalité - Équité


Qualité de l’enseignement

Le Pacte d’Excellence semble profondément en contradiction avec ses objectifs initiaux. Pour que celui-ci soit en accord avec la société du XXIe siècle, il est primordial que l’enseignement soit équitable et non pas égalitaire. De notre point de vue, l’école n’a pas comme rôle premier de gommer les différences socio-économiques et socio-culturelles ni de façonner l’ensemble des élèves dans un modèle unique mais plutôt de tenir compte des spécificités de chacun afin d’amener chaque individu à réaliser son plein potentiel et à s’accomplir en tant qu’être humain.

Les mentalités sont en train d’évoluer, de plus en plus de jeunes envisagent l’entrepreneuriat comme un moyen de s’épanouir en tant que citoyen et façonnent ainsi la société à leur image.

À cet égard, il nous parait important de faire germer la soif d’entreprendre aux jeunes générations dès l’école secondaire. D’autant plus que l’entrepreneuriat n’a jamais été aussi accessible à l’heure du numérique. Sensibiliser les élèves à l’entrepreneuriat aurait donc tout son sens dans l’enseignement du XXIe siècle.

L’école doit encourager les jeunes à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale comme le souligne le Traité de Lisbonne. L’introduction d’un cours à ce sujet permettrait à la fois aux étudiants et aux futurs entrepreneurs d’avoir pleinement conscience des processus liés au monde économique mais aussi de dépasser la peur du risque et de l’échec inhérente au développement de toute entreprise.

Le Pacte d’Excellence ne peut fonctionner qu’à condition d’y intégrer une réforme complète de la formation initiale des enseignants, tous niveaux confondus. Il est vrai que la majorité au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a proposé, dernièrement, d’allonger d’un an la formation des enseignants en Haute École. À nouveau, ce passage de 3 à 4 ans est une demi-mesure ayant pour unique objectif de montrer un semblant de bonne volonté et de s’aligner sur les normes européennes. Malheureusement, ce changement ne devrait apporter, sur le plan pédagogique, rien de plus que ce que n’offre la formation actuelle. Que ce soit en terme de durée ou de contenu, la formation des futurs enseignants doit être pensée sans dogme, ni tabou, et ne doit faire qu’un avec la réflexion autour du Pacte.

Avis N°3 du Groupe Central

« Au terme du tronc commun, chaque élève sera soumis à la même évaluation externe certificative portant sur les sept domaines d’apprentissage et donnant accès à l’enseignement secondaire supérieur. Il aura ensuite le choix entre deux filières : la filière de transition permettant d’accéder à l’enseignement supérieur et la filière qualifiante qui permettra d’acquérir une qualification suffisante pour accéder directement à un métier »D’entrée de jeu, évoquons ce fameux tronc commun. Concrètement, cette proposition signifierait la suppression de la certification des évaluations intermédiaires jusqu’à 15 ans (CEB, CE1D) et de la filière différenciée qui a pour but de remettre à niveau un élève en difficulté. À la sortie de ce tronc commun, l’élève sera évalué.Toutefois, les résultats obtenus lors de cette évaluation seront purement indicatifs ; l’élève aura ainsi tout le loisir de choisir entre une filière de transition ou qualifiante.

À contrario, la Flandre, toujours montrée en exemple dans les enquêtes internationales sur l’éducation, a fait le choix d’une orientation précoce, sans tronc commun. Croire que tous les élèves pourront poursuivre jusqu’à 15 ans un cursus identique relève donc plus de la posture idéologique que d’une réalité de terrain ou d’une pseudo volonté de voir nos élèves se distinguer.

Avis N°3 du Groupe Central

« De veiller à ce que la filière de transition, qui prépare à l’enseignement supérieur, demeure aussi ouverte que possible, en faisant en sorte qu’un ensemble très large de choix reste possible après l’enseignement secondaire, selon le principe du « libre accès » qui prévaut actuellement en matière de transition entre le secondaire et le supérieur en FWB.[…] Ce nouveau tronc commun devra permettre à tous les élèves d’atteindre un niveau élevé de savoirs diversifiés à la fin de la 3e année secondaire et de pouvoir choisir positivement et de façon éclairée l’orientation souhaitée, que ce soit celle de la transition vers le supérieur ou celle de la qualification vers un métier. »

Tronc commun
Tronc commun

Proposer deux filières peut sembler être théoriquement une bonne idée, mais la manière dont ces filières sont prévues dans le pacte nous laisse dubitatifs. Pour un Pacte qui promet de proposer un large éventail de choix « positifs », nous nous étonnons de voir l’instauration d’une filière « qualifiante » qui enfermera une partie non négligeable des élèves et scellera définitivement leur avenir, les privant ainsi de leurs choix et de leurs libertés.Par ailleurs, comme évoqué précédemment, les élèves ne redoubleront plus jusqu’à l’âge de 15 ans. Actuellement, cette pratique est appliquée uniquement entre la 1ère et la 2ème secondaire, mais provoque déjà un véritable désastre sur le terrain. La plupart des élèves, démunis par le système scolaire, seront orientés dans les filières techniques et professionnelles suite à une année où le système actuel ne leur permet pas de dépasser leurs difficultés. Nous le rappelons, le choix des filières techniques ou professionnelles se doit d’être positif.

Que fera-t-on alors des élèves ratant le Certificat du tronc commun ? Nous n’en savons pas plus mais nous nous attendons au pire.

Avis N°3 du Groupe Central

« On note que la question des élèves qui ne parviennent pas à obtenir le Certificat du Tronc Commun devra être approfondie dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte »Axe culturel.

Néanmoins, relevons un aspect positif de ce Pacte, à savoir le souhait de faire entrer la culture au sens large au sein des établissements scolaires. Actuellement, l’art et la culture n’occupent qu’une place minoritaire, souvent basée sur la bonne volonté du corps professoral ainsi que de la direction. Cette ouverture culturelle est moins importante en Belgique que dans la plupart des pays développés. Nous ne pouvons donc que saluer cette volonté. Malheureusement, le Groupe Central n’entrevoit qu’une vision étroite de la culture, limitée aux arts. Nous déplorons l’absence du Secteur Jeunesse, acteur pourtant essentiel dans l’éducation non formelle. Actuellement, la Fédération Wallonie-Bruxelles confie des missions essentielles aux Organisations de Jeunesse dans la formation des citoyens de demain. Il est donc primordial de les associer également et que leurs relations avec les écoles ne se limitent plus à un partenariat mais soient institutionnalisées.

D’autant plus, qu’au sein même du Secteur Jeunesse de nombreuses réflexions sont portées sur les partenariats envisageables entre les Organisations de Jeunesses et les écoles notamment au travers d’un GT école ou encore le dossier ECOJ, ce dernier consistant en la création d’un catalogue recensant l’ensemble des activités proposées dans les écoles par les Organisations de Jeunesse.

Nous devons aussi souligner la volonté des Organisations de Jeunesse d’être partie prenante à ce processus. Celles-ci se voient comme un soutien non négligeable pour les étudiants en difficulté grâce à la mise en place d’écoles de devoirs ou de remédiation.En allant plus loin dans les propositions, l’insertion des Organisations de Jeunesse au sein de l’école pourrait avoir comme effet de lisser les différences socio-économiques des élèves. En effet, elles tendent à travailler avec un public le plus large possible, sans distinctions. Certaines Organisations de Jeunesse, comme les mouvements de jeunesse accompagnent les jeunes durant une période significative de leur vie, comparativement à l’école, favorisant ainsi le développement d’attitudes citoyennes et le vivre-ensemble.Enfin, la citoyenneté ne peut pas être cantonnée à une notion qui s’apprendrait sur les bancs de l’école, elle doit se pratiquer tous les jours et sur le terrain. Cette mission revient notamment aux Organisations de Jeunesse. Celles-ci sont capables de rendre certaines matières plus tangibles pour les élèves, en mettant en parallèle les cours dispensés et les problématiques actuelles qui les concernent, comme l’environnement. Il s’agit là d’une piste à prendre en considération pour limiter le décrochage scolaire.  

Conclusion

La Ministre et le Groupe Central se sont enfermés dans un timing étriqué, voulant faire du Pacte d’Excellence la figure de proue de la législature. Bien que pavé de bonnes intentions, force est de constater que celle-ci est en train de se transformer, une fois encore, en une tache indélébile sur un mandat pour le moins bien terne.

Que ce soit en termes de financement, de communication ou encore d’un point de vue pédagogique, tout semble avoir été improvisé, sans prendre en compte les préoccupations réelles des élèves, des parents et des enseignants. Tout cela, en limitant la réflexion à une posture idéologique hermétique à la critique et aux changements proposés par les différents intervenants du monde éducatif.

Au-delà de tous les constats précédents, ce qui manque cruellement à ce Pacte mais aussi à la politique menée actuellement par la Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est une vision globale de notre société. La Ministre et son Groupe Central, incapables d’imaginer l’école comme partie intégrante de la société, considère le monde scolaire comme étanche à toutes les problématiques et défis rencontrés par les jeunes d’aujourd’hui.
La plupart des Organisations de Jeunesse souhaitent prendre une part active à la réflexion autour du système éducatif, s’inscrivant dans un projet de société, et se voir reconnaître leur rôle d’acteurs majeurs, au côté des acteurs de l’enseignement, dans le développement du jeune.Le Pacte dit d’Excellence se limite donc à une coquille vide, dont le but final devrait servir les intérêts électoraux de certains plutôt que la jeunesse. Nous ne pouvons pas balayer du revers de la main cette initiative, toutefois, cette gargantuesque réforme ne peut être tenue à des contraintes de temps, d’argent ou de plébiscite.

Article corédigé par :

  • Fleusus Renaud, Détaché pédagogique de Jeunes & Libres
  • Chapelain Hubert, Détaché pédagogique des Jeunes MR
  • Brassinne Pierre, Collaborateur politique des Jeunes MR
  • Laera Enza, Détaché pédagogique de la FEL

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Le Web 2.0 et la CRACS attitude

28 novembre 2016 by jetl

De nos jours, nous voyons fleurir des outils afin de sensibiliser, informer et éduquer nos jeunes à utiliser internet de manière raisonnée comme si ces derniers avaient vraiment perdu toute notion de vie privée. Cette perception serait le résultat d’une fracture générationnelle avec d’un côté la génération des parents et de l’autre la génération des transparents comme le résume le journaliste Josh Freed.

« L’une cherche à protéger sa vie privée de manière quasi-obsessionnelle, l’autre sait à peine ce qu’est la « vie privée ». La génération des transparents a passé toute sa vie sur scène, depuis que leurs embryons ont été filmés par une échographie alors qu’ils n’avaient que huit semaines… de gestation. Ils adorent partager leurs expériences avec la planète entière sur MySpace, Facebook ou Twitter et pour eux Big Brother est un reality show. La génération des parents voit cette transparence comme un cauchemar. Elle a grandi à l’ombre de Mac Carthy et des espions de la CIA, et est plutôt paranoïaque dès qu’il s’agit de partager des données personnelles, de passer à la banque en ligne ou même d’acheter un livre sur Amazon».

Cette évolution de la vie privée, perçue comme négative par la génération précédente, est la conséquence de la manière dont ils ont construit cette société. Les jeunes de la génération Y sont pointés du doigt pour ne plus faire la différence entre vie publique et privée, eux-mêmes filmés avant même d’être nés, placés sous surveillance permanente par ceux qui les aiment et les éduquent.  Dès lors, pour cette génération, cette notion de vie privée, chère à leurs aïeux, est devenue une illusion.

Au cours des dernières années, cette illusion est devenue petit à petit une expérience sensible de la réalité marquée par exemple par le ciblage commercial, cette pratique consistant à sélectionner des publicités sur internet en fonction des recherches préalables. Pour autant, cette illusion avait déjà pris cours auparavant avec la traçabilité des communications ou encore avec les paiements bancaires.

Bon nombre de firmes ou de programmes tels que Control kids ou Cybersitter existent  de nos jours afin de contrôler la vie privée des jeunes sur internet. Cette diabolisation du net par les médias pousse les parents mais aussi les éducateurs au sens large à contrôler la vie des adolescents. Cette attitude entrave la mise en place d’une éducation aux médias volontaire et positive. De plus, cette volonté de contrôle déresponsabilise et infantilise les jeunes en les rendant dépendants ; et donc ne leur permet pas d’élaborer les notions et outils nécessaires à la construction d’une attitude citoyenne dans ce nouvel espace public.

« Ados, zéro de lecture » comme le titrait Le Monde est une autre inquiétude de la génération X portée cette fois-ci sur l’appropriation de la culture par les jeunes. Cette révolution numérique faisant partie intégrante de l’ADN identitaire des jeunes, il est vrai,  a eu des répercussions sur la manière dont ils s’approprient et transmettent la culture.

D’ailleurs, à l’heure actuelle, internet est devenu une voie d’accès à l’information et d’enrichissement culturel privilégiée par nos jeunes. Mais ce changement est-il le signe d’un appauvrissement culturel ?

Cela n’est vrai que si nous n’admettons pas la numérisation de la société en ce compris la culture. Internet et les réseaux sociaux sont de formidables outils pour avoir accès en deux ou trois clics à des œuvres culturelles très éloignées. D’ailleurs, selon l’enquête autour de la culture mise en place par le Forum d’Avignon, 83% des jeunes ont plus particulièrement recours aux réseaux sociaux pour stimuler et nourrir leur curiosité.

C’est donc à la condition de voir le web comme un lieu de création, de construction et d’invitation à s’approprier la culture que nous pouvons accompagner les jeunes pour encore mieux les former.

Le rôle des Organisations de Jeunesse

Les OJ doivent donner les outils aux jeunes pour qu’ils saisissent toutes les opportunités que génèrent ces nouveaux médias, en évitant certains piègent. L’éducation aux médias doit poursuivre deux objectifs principaux.

Premièrement, il faut initier les jeunes au décryptage et au traitement massif de l’information. En effet, avec l’avènement d’internet, nous avons vu une source d’informations inépuisables mises à disposition des internautes. Avec son apparition, une nouvelle fracture numérique est apparue. D’un côté, les jeunes ayant eux-mêmes construit des outils de lecture propres à ce nouveau mode de transmission de l’information. Et de l’autre, les jeunes n’ayant pas eu l’opportunité de les développer. C’est ici que l’intervention des acteurs de l’éducation formelle et non formelle fait sens. Ces acteurs doivent permettre aux jeunes de construire les outils nécessaires au décryptage et au traitement massif de l’information.

Deuxièmement, ces acteurs éducatifs doivent développer la notion de citoyenneté numérique. À l’heure actuelle, le secteur de l’éducation développe et initie les jeunes à la citoyenneté au travers de différentes activités. Toutefois, malgré la numérisation du monde, ils ne sensibilisent pas suffisamment à ce nouveau pan de la citoyenneté. Par exemple, au sein de l’EVRAS, nous devrions davantage voir apparaître une réflexion avec les jeunes sur les attitudes à adopter au sein de cette société numérique. En effet, à l’heure des nouvelles technologies, la frontière entre le réel et le virtuel est devenue extrêmement ténue. Cela doit inciter les jeunes à être conscients qu’une photo qu’ils publient d’eux sur le web peut rapidement devenir virale. Le phénomène des « sexting », à savoir l’envoi de photos de soi osées voire dénudées, est à cet égard très interpellant.

Du côté des acteurs de l’éducation non formelle, les Organisations de Jeunesse (OJ) jouent donc un rôle fondamental d’éducation citoyenne des jeunes. Cela fait partie de leurs missions prioritaires que d’informer et de sensibiliser les jeunes, notamment à l’usage d’internet. Certaines OJ sont particulièrement actives sur ces thématiques, telles que nos OJ membres : Délipro Jeunesse, les Jeunes Mutualistes Libéraux et ReForm.

  • Délipro Jeunesse : Journal mots croisés   
  • JML et le cyber-harcèlement  
  • ReForm et son enquête sur l’usage des smartphone

Enfin, le dispositif particulier de soutien aux actions d’éducation des jeunes aux médias, permet aux OJ qui en bénéficient de développer des actions spécifiques dans ce cadre. Ce dispositif offre des moyens supplémentaires pour permettre de développer des actions spécifiques en la matière.

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